Savoirs expérientiels : la parole aux chercheurs

Après les deux premiers webinaires* qui avaient abordé la définition des savoirs expérientiels en santé mentale, leur reconnaissance, leur diffusion et la façon dont ils pouvaient être mobilisés, le troisième rendez-vous du 9 avril dernier aura permis à Lise Demailly, sociologue, et Luigi Flora, docteur en sciences de l’éducation, de partager leurs réflexions avec les 130 participants présents. A la question "le savoir issu de l’expérience est-il le même en santé et en santé mentale ?", Lise Demailly répond oui, avec la stigmatisation en plus pour le second. Elle complète : "Il y a un phénomène social qui est la valorisation de la santé, de l’ordre d’un nouveau sacré en quelque sorte. Beaucoup d’entreprises pèsent beaucoup sur cela (la dépression y est stigmatisée). La société du bonheur est érigée comme une norme." Il y a ainsi quelque chose de commun dans la mise à l’écart de la société quand on est malade, sauf que la parole du patient en santé mentale est disqualifiée car il est "présumé ne pas être capable de donner son avis" poursuit la sociologue. L’autre différence notable, soulignée par le Dr Roelandt, étant l’obligation de soins psychiatriques...Il y a aussi une dimension culturelle dans cette stigmatisation, selon Luigi Flora : "En France, il est difficile de parler, car nous sommes dans une société assurantielle où on veut être rassuré sur tout, où il est difficilement admis de parler de ses faiblesses. (…) Et il y a aussi le poids de l’auto-stigmatisation, qui est très lourd." Après avoir échangé sur les différents niveaux de participation, y compris sur celui des aidants, qualifié par Lise Demailly "de quasiment professionnel, car ils ont un contact long avec les troubles, même si les aidants sont eux-mêmes en souffrance, ce qui rend complexe leur relation avec les professionnels de soins", ou sur le besoin de porosité entre savoir académique et savoir expérientiel, les intervenants ont répondu aux questions des participants, parmi lesquelles celle sur l’évaluation des savoirs expérientiels - un champ qui reste à explorer - au niveau de leurs bénéfices pour la société et au niveau individuel, sans tomber dans la dérive de l’évaluation du niveau de savoir expérientiel de chaque usager.
Ces réflexions se poursuivront au niveau du groupe de travail animé par le CCOMS jusqu’à la fin de l’année et la remise à l’OMS de recommandations sur le sujet.
Voir le replay des trois wébinaires ici.

 

Date: 
Mardi, Avril 13, 2021