Le Pérou à l'avant-garde de la réforme des services de santé mentale

Une récente conférence organisée à Lima par le Ministère de la santé du Pérou a évalué la réforme des services de santé mentale dans le pays sur la base d’un rapport réalisé par la Banque Mondiale. Les troubles liés à la santé mentale et à la toxicomanie sont la principale cause de réduction de l’espérance de vie et d’invalidité dans le pays. Ils représentent également des coûts économiques importants, dépassant de loin les maladies cardiovasculaires, le cancer, ou le diabète. Comme dans la plupart des pays, les soins de santé mentale sont jusque-là restés largement concentrés dans les hôpitaux psychiatriques. En 2012, avant l'introduction des réformes des soins de santé mentale, seuls 12% des Péruviens estimant avoir besoin de services de santé mentale les avaient reçus. Une loi sur la santé mentale promulguée cette même année fournit le cadre juridique du processus de réforme des soins de santé mentale. Le Plan national pour le renforcement de la santé mentale communautaire 2018-2021 oriente la mise en œuvre à grande échelle de cette réforme dans tout le pays.

Le réseau de centres de santé mentale communautaires (CSMC), établi par la loi, est l'élément le plus important de la réforme. Il consiste à fournir des services des hôpitaux psychiatriques aux environnements locaux, où les prestataires engagent activement les patients, les familles et les communautés. Depuis 2015, 131 CSMC ont été mis en place et sont opérationnels ; d’ici 2021, le ministère de la Santé prévoit d’élargir le réseau à 281 centres répartis dans tout le pays et 30 unités pour répondre aux besoins des enfants victimes de violence. Dotés d'équipes pluridisciplinaires de travailleurs sanitaires et sociaux, ces centres proposent des services ambulatoires spécialisés aux enfants, adolescents; adultes et personnes âgées. Les équipes spécialisées des CSMC soutiennent également l'intégration des services de soins de santé mentale dans les soins primaires par des formations et du tutorat. En complément des CSMC, 50 maisons de transition protégées ont été créées pour fournir des services résidentiels temporaires aux personnes atteintes de troubles mentaux graves qui sortent de l'hôpital et pour qui les systèmes de soutien familial sont insuffisants. L'objectif du ministère de la Santé à l'horizon 2021 est de disposer de 170 maisons de transition protégées. Ces dernières utilisent un modèle de soins respectant les droits humains des résidents et impose des restrictions minimales à leurs libertés individuelles, facilitant ainsi leur réintégration dans la communauté, avec un encadrement par un personnel présent 24h/24.

En outre, conformément aux recommandations de l’OMS, des services d’hospitalisation de courte durée ont été mis en place dans 32 hôpitaux généraux du pays afin de prodiguer des soins et une surveillance 24 h/24 aux patients souffrant de troubles mentaux aigus. D'ici 2021, l'objectif du ministère de la Santé est d'avoir des services de santé mentale dans 62 hôpitaux.

Selon les données du ministère de la Santé, le coût unitaire moyen des consultations ambulatoires dans des hôpitaux spécialisés en santé mentale est d’environ 59 $, tandis que le coût des consultations ambulatoires standard dans un CSMC est de 12 $.

L'expérience péruvienne montre que la lutte mondiale pour transformer la santé mentale peut être gagnée grâce à une volonté politique de changer la manière dont les services sont organisés et fournis, à la mobilisation de ressources nationales et la participation active des gouvernements locaux, des personnes, des familles et des communautés concernées.

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