Actualités nationales

A l’occasion d’un petit-déjeuner ministériel organisé en marge du sommet mondial sur la santé mentale, qui a réuni à Londres, le 10 octobre, plus de 55 délégations, Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé, a présenté la stratégie française en santé mentale et les atouts du Centre collaborateur OMS de Lille. Les trois axes de la feuille de route pour la santé mentale et la psychiatrie, présentée en juin dernier par la Ministre des Solidarités et de la Santé, à la suite de la publication de la nouvelle Stratégie nationale de santé, ont ainsi été détaillés. Madame Buzyn a en outre officiellement rallié l'Alliance internationale des champions pour la santé mentale et le bien-être lancée par le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie, lors de la dernière Assemblée mondiale de la santé. Le dispositif Ecout'Emoi, qui consiste en une intervention visant à identifier les jeunes en détresse psychologique et à leur donner accès, après évaluation par un médecin généraliste, à 12 séances de psychothérapie gratuite, a également été valorisé.

Téléchargez le discours de Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé.

 

L’OMS Europe rend visite au CCOMS
Daniel Chisholm, responsable santé mentale de l’OMS Europe*, accompagné de sa collaboratrice, Mélita Murko, ont rendu visite au CCOMS les 23 et 24 août derniers. Au programme, un échange autour des axes de travail du centre, avec un temps particulier consacré à la participation du CCOMS de Lille, au titre de la France, à l’évaluation de la qualité de la prise en charge au long-terme en institution d’accueil pour les adultes présentant un handicap psychosocial ou intellectuel initié par l’OMS Europe autour du programme QualityRights - également mis en place en France par le CCOMS (voir la note de présentation de cette démarche ici). Daniel Chisholm a particulièrement souligné l’intérêt de valoriser à l’international les expériences françaises en matière de conseils locaux de santé mentale, d’implication des usagers dans le fonctionnement des services de santé mentale, de médiateurs de santé pairs ou encore de GEM. Les représentants de l’OMS ont ensuite assisté à une présentation du pôle de santé mentale des villes de l’Est de Lille, où ils ont eu l’occasion de rencontrer et d’échanger à la fois avec des professionnels, les porte-paroles des usagers, des médiateurs de santé-pairs et les adhérents du GEM les Ch’tis Bonheurs. 
* L’OMS Europe regroupe 53 pays, bien au-delà de l’Europe « géographique », voir la carte. 
Découvrez l’interview de Daniel Chisholm, sur le thème du programme de l’OMS pour l’évaluation de la qualité et du respect des droits et sur sa visite à Lille.

 

Restitution de l’enquête SMPG à Cagnes sur mer et évaluation des effets induits sur les infirmiers enquêteurs

Le 14 juin dernier s’est déroulée, en présence du représentant de l’ARS PACA, de Christine Jacquot, adjointe au maire de Cagnes sur mer, et de Stéphanie Durand, directrice du CH Sainte-Marie de Nice, la restitution publique des premiers résultats de l’enquête santé mentale en population générale, images et réalités, qui s’est déroulée en novembre 2017, grâce à la coordination du CCOMS (soutien méthodologique, formation des enquêteurs...) et à l’implication active du CH Sainte Marie de Nice, du CCAS, des étudiants de l’IFSI et du Conseil local de santé mentale. Les premiers résultats, présentés par Jean-Luc Roelandt, directeur du CCOMS, ne présentent pas d’importantes différences avec ceux relevés ailleurs en France métropolitaine, malgré des caractéristiques socio-démographiques spécifiques à ce territoire (population plus âgée, avec un meilleur niveau d’étude et un revenu moyen plus élevé). Outre l’enquête en tant que telle, le Dr Jean-Yves Giordana, du CH Sainte-Marie, a présenté les résultats d’un pré-test puis d’un post-test réalisé auprès des 60 étudiants de l’IFSI ayant fait les entretiens, étudiants qui avaient d’ailleurs enchaîné, après l’enquête SMPG, avec un stage de 5 semaines au CH de Sainte-Marie (en extra-hospitalier). Ce travail aura permis de mesurer les variations dans les approches, représentations et compétences techniques des étudiants. Par exemple, concernant le repérage des symptômes qui permettent de reconnaitre une personne ayant un trouble, on est passé d’une sémiologie apprise à l’école à une sémiologie de l’expérience et de l’interaction (ex : observation des attitudes physiques des personnes). Au niveau des stratégies à mettre en œuvre pour aider les gens, on constate dans les déclarations des étudiants une augmentation des références aux interventions communautaires (mobilisation de la famille, des relations sociales, déstigmatisation, etc.). Au titre des compétences développées suite au passage de l’enquête, les étudiants signalent une meilleure empathie, de plus grandes capacités d’écoute et de négociation, une plus grande patience, une meilleure capacité à reformuler, une meilleure connaissance des pathologies, des représentations et perceptions sociales. Enfin, on constate une plus grande motivation de ces futurs professionnels du soin face à la prise en charge de la santé mentale, certains jeunes ayant même évoqué le vœu de travailler ensuite en psychiatrie.

 

Le CCOMS était présent au dernier congrès Reh@b organisé à Lyon les 30 mai et 1er juin derniers. Le centre tenait ainsi un stand d’information pour présenter à la fois les actions et recherches en cours, le GCS pour la recherche et la formation en santé mentale et le Centre national de ressources et d'appui aux CLSM. Le CCOMS est en outre intervenu dans l’atelier consacré aux CLSM, ces derniers ayant par ailleurs été cités en plénière par la député Martine Wonner comme l’un des principaux progrès récents en santé mentale en France. L’élue, par ailleurs psychiatre et membre de la commission des affaires sociale, a en outre annoncé qu’un budget serait consacré à la prévention en santé mentale dans le cadre de l'Objectif national de dépenses d'assurance maladie 2019. A noter enfin les communications de plusieurs représentants d’établissements membre du GCS comme l’EPSM de la Réunion qui a présenté son intéressant Centre d’appui en réhabilitation ou encore l’EPSM Lille métropole et les pratiques « orientées rétablissement » de son pôle de santé mentale des villes de Mons en Baroeul, Hellemmes, Lezennes, Ronchin, Faches Thumesnil, Lesquin.

 

Mercredi 31 janvier 2018, à l’amphithéâtre Laroque au ministère des solidarités et de la santé, près de 200 médecins, étudiants, professeurs, chercheurs, patients, usagers assistaient à la restitution du colloque "Le pouvoir d’agir (empowerment) des patients questionne l’éducation thérapeutique, auprès de quatre populations vulnérables (les enfants vivant avec une maladie chronique, les adolescents malades chroniques dans la période de transition des soins, les personnes ayant un problème de santé mentale et les personnes âgées de 75 ans et plus)" qui s’est déroulé les 21 et 22 septembre 2017.

L’objectif du séminaire était d’aboutir à une recherche-action – Co-construite entre patients – usagers – professionnels de santé – formateurs en ETP et chercheurs et d’aboutir à des préconisations pour faire de l’ETP un vecteur d’empowerment des patients.

Agnès Buzyn, Ministre des solidarités et de la santé est venue clôturer la restitution suite aux présentations des constats et préconisations ainsi des interventions de patients et partenaires des populations concernées. Elle a confirmé que le fruit de ce travail viendrait enrichir les progrès menés dans ce domaine et intégrerait le plan national de santé publique en cours d’écriture..

Contexte de la recherche-action :

En France, plus de 80 % des programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP) sont mis en œuvre en milieu hospitalier et sont ciblés sur des pathologies précises comme le diabète ou l’insuffisance cardiaque. Les patients, les soignants, les formateurs et les chercheurs, s’accordent sur les dysfonctionnements d’un dispositif pourtant ambitieux. Ils sont notamment liés à la lourdeur d’un dispositif qui n’associe pas suffisamment les bénéficiaires, au lieu de délivrance, au contenu des programmes, à la qualité de la relation soigné-soignants ou encore à celle de l’information délivrée. De plus ces programmes, avec leurs limites, sont très rarement accessibles aux populations les plus vulnérables, et plus encore en dehors des grandes villes.
Partant de ce constat, l’Université Paris VII Denis Diderot, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (unité Epidémiologie clinique et évaluation économique appliquées aux populations - ECEVE) et l’Ecole des Hautes Études en Santé Publique (EHESP) et le Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé pour la cherche et la formation en santé mentale (CCOMS) ont organisé un séminaire de recherche-action les 21 et 22 septembre 2017 à Paris, fondé tout au long du processus de préparation et de réalisation sur l’écoute première des patients/usagers, puis la co-construction avec des patients/usagers, proches-aidants, professionnels et chercheurs. Face à l’universalité du sujet de l’empowerment des patients dans le cadre de l’éducation thérapeutique, la véritable originalité du projet réside dans une réflexion transversale menée en commun par les patients et les professionnels autour de quatre populations vulnérables : les enfants et les adolescents atteints de maladies fréquentes ou rares, les personnes ayant un trouble psychique, et les personnes très âgées.

La méthodologie :

D’abord, une gouvernance composée de trois responsables scientifiques et d’un comité scientifique, de sept représentants d’usagers, sept soignants et six chercheurs a été créée. Ils se sont réuni 4 fois entre mai 2016 et juin 2017.
Le travail s’est ensuite décomposé en plusieurs temps :

En amont du séminaire

o Travaux répartis par population (quatre groupes)

o Organisation de focus groupes et entretiens individuels (de un à quatre groupes selon les populations) pour recueillir le point de vue des patients et identifier les « savoirs utiles » en vue d’augmenter le pouvoir d’agir des patients – l’empowerment

Pendant le séminaire

o Le séminaire les 21 et 22 septembre : 140 invités par le conseil scientifique

§  Temps de plénière (définition des termes – adoption une vision commune – déconstruction les préjugés sur ces populations dites vulnérables – montrer un aspect positif de ces populations)
§  Ateliers par population (règle de composition des groupe : 10 patients + 10 professionnels) pour valider les savoir utiles et en identifier éventuellement d’autres, avec déclinaison dans des applications concrètes d’ETP
§  Restitution des ateliers en plénière et discussion avec la salle
§  L’entretien de compréhension – la thématique du langage commun a émergé dans les travaux en amont du séminaire ainsi que la formation des professionnels de santé

Après le séminaire

o Restitution des préconisations à partir des verbatims du séminaire et des travaux amont par population.

La restitution des préconisations pour la population ayant un problème de santé mentale.

D’abord, deux prérequis – transverses aux populations observées – se sont imposés :
- La nécessité de construire un langage commun soignant et patient pour mieux se comprendre et mieux apprendre.
- Prendre en compte la vulnérabilité, l’épuisement, la souffrance des soignants pour pouvoir envisager le pouvoir d’agir des patients en se questionnant la formation des personnels soignants ainsi que  l’organisation des soins 

Préconisation 1 : Garantir une logique « CO » à chaque étape : co-construction

Il a été rapidement mis en évidence par l’ensemble des participants que le processus même de l’ETP devait être repensé via une collaboration usagers/professionnels en amont (co-construction, co-formation) et pendant les séances (co-animation, co-alimentation).

CO-CONSTRUCTION :
Le contenu des différents programmes évoqués a régulièrement été questionné tout au long du colloque, et donc au-delà de l’atelier santé mentale. L’utilité des thèmes abordés et/ou leur chronologie devrait être repensé, et ce dans une co-construction usagers/professionnels systématique et prévue dès l’amorce du projet.

CO-FORMATION
Une suggestion a été faite de proposer une co-formation réunissant usagers et professionnels, afin de permettre aux intervenants de mieux se connaître en vue de l’animation. La posture du soignant a ainsi été discutée lors des ateliers, notamment autour des notions de « partenariat de soin » et du « faire avec ». L’intérêt de prendre en compte la vulnérabilité propre du soignant a été rappelé tout au long des échanges.

CO-ANIMATION
Dans la suite de cette évolution du processus, la nécessité d’une co-animation, elle aussi systématique, a été mise en avant. Même si cela peut déjà être le cas, ce qui a été souligné est le besoin d’interventions qui se complètent et qui ne soient pas simplement ajoutées les unes ou autres. La co-animation effective dépend donc des étapes en amont : co-construction et co-formation.

CO-ALIMENTATION
La dernière étape du processus pourrait être une co-alimentation, c’est-à-dire une complémentarité de contenus apportés par les formateurs et par les personnes formées.

ACTIONS GLOBALES

Plusieurs remarques ont été faites qui dépassent un programme d’ETP en lui-même mais qui devraient être considérées afin de favoriser l’efficacité des programmes :

> Former l’ensemble d’une équipe de professionnels au-delà des professionnels directement impliqués dans la mise en place des programmes, pour homogénéiser les pratiques, et prolonger les applications évoquées dans les sessions ETP

> Proposer un prolongement vers des groupes d’auto-support, par et pour les usagers

> Inclure au moment opportun les proches, si cela est souhaité par les usagers

Préconisation 2 : Prioriser l’orientation Rétablissement

Une orientation forte pour l’évolution des programmes ETP a été celle du rétablissement. Un consensus a émergé lors de l’atelier santé mentale pour que l’idée de rétablissement soit le fondement d’un programme ETP. Il a été suggéré qu’un socle commun, proposé dans un premier temps, soit établi pour tous les programmes. Ensuite des modules plus spécifiques pourraient être proposés.

Faisant suite au souhait de développer les programmes selon cette orientation principale, la nécessité de maintenir des programmes différenciés par diagnostics a été débattue. Un consensus semble émerger pour l’abandon de programmes centrés sur un diagnostic, au profit de programmes plus transversaux. Ainsi, un objectif majeur pourrait dès lors être de développer des plans individualisés de rétablissement au sein de programme ETP, contenant éventuellement un plan de crise également.

Préconisation 3 : Favoriser l’accessibilité

Plusieurs prérequis ont été formulés, notamment le besoin d’un sentiment de sécurité et d’intimité.

Les échanges ont permis d’identifier des facteurs garantissant cette accessibilité : la gratuité, un accès possible de manière continue, par exemple à l’aide d’une plateforme web nationale, la diversification des moyens de diffusion (vidéos), et la pluralité des lieux (domicile, espace public, structures ambulatoires), ce qui implique une mobilité des professionnels. Les participants ont précisé que les contenus visualisés de manière individuelle (vidéo en ligne par exemple) pouvaient ensuite être rediscutés lors d’un groupe plus classique.

Ces évolutions ont au moins deux implications :

> adapter la formation des intervenants (mobilité, contenu multimédia, etc.)

> fournir des moyens de veille afin d’alimenter une plateforme nationale

Préconisation 4 : Garantir l’adaptabilité

Il est apparu clair lors des échanges que des programmes trop rigides et ne proposant pas d’interactions ne répondaient pas aux attentes des usagers. Une certaine flexibilité est attendue afin de permettre de s’approcher au mieux des objectifs de chaque participant. La possibilité d’alterner des phases individuelles et en groupes a ainsi été formulée

Dans la démarche, il est suggéré de sortir des programmes standardisés avec un diagnostic éducatif posé par le soignant qui vérifie que le patient correspond bien au programme et exige du patient qu’il s’engage à participer jusqu’au bout. Bien au contraire, le souhait de flexibilité s’est exprimé par l’idée de groupe « en continu », desquels les usagers pourraient sortir, puis rentrer à nouveau plus tard, en fonction de leur cheminement et de leurs besoins. Cette idée vient régler la question du « Quand ? », c’est-à-dire quand doit débuter un programme (diagnostic, crise, post-crise…), pour laquelle il ne semble pas exister une réponse unique, mais plutôt dépendante de chaque usager.

Cette flexibilité devrait permettre de valoriser ce qui a été appelé les « espaces interstitiels », où toutes les interactions informelles qui peuvent avoir lieu pendant et entre les séances, et plus largement dans la relation avec les professionnels et autres acteurs du système de santé.

Préconisation 5 : Remettre au centre le choix des usagers

La notion de rétablissement, replacée au centre des programmes, s’adosse à d’autres notions étroitement associées : auto-détermination, autonomie, empowerment… Dès lors, il semble évident que la participation à un programme doit être un choix de l’usager, tout comme sa thématique. L’orientation ne devrait plus se faire sous forme de prescription, et encore moins d’une prescription liée à un diagnostic. Le choix éclairé est donc à rechercher et à respecter. Dès lors, l’usager a un rôle à jouer dans cette perspective, cela permet aussi une responsabilisation.

Préconisation 6 : Renommer l’ETP en Formation à la Santé et au Rétablissement

A la lumière de ces différentes propositions, l’appellation Education Thérapeutique du Patient ne convient pas à nombre de participants. La suggestion est faite de rebaptiser les programmes en Formation à la Santé et au Rétablissement.

Discours de clôture Mme Buzyn, Ministre des solidarités et de la santé : 

« Monsieur le directeur du Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé, cher Jean-Luc Roelandt, Mesdames et Messieurs les professionnels de santé, chers collègues, Mesdames et Messieurs ;

Permettez-moi de clore ce colloque en évoquant ce beau concept que nous devons au prix Nobel d’économie Amartya Sen. Ce concept de « capabilité » qui repose sur la liberté effective, concrète à engager des actions pour soi-même, pour améliorer son bien-être.

En d’autres termes, la capabilité constitue la capacité à exercer un libre choix. L’éducation thérapeutique du patient doit répondre de façon innovante à cet enjeu d’autonomie des patients, en particulier de ceux atteints d’une maladie chronique.

Nous le savons, le nombre de patient atteint d’une ou de plusieurs maladies chroniques, parfois complexes, évolutives, avec un impact sur la vie quotidienne ou un impact social est croissant.

Si l’éducation thérapeutique prend en charge de manière innovante le patient, c’est qu’elle le rend acteur et responsable de sa santé en favorisant son autonomie.

Grace à la reconnaissance législative et réglementaire de l’éducation thérapeutique du patient, un nombre significatif de programme émergeant a vu le jour, mais encore trop peu de personnes en bénéficient.

Depuis 2010, en application de la loi, près de 4 000 programmes d’éducation thérapeutique du patient ont été autorisés en France pour une période de 4 ans. Hors les données disponibles soulignent une pratique fortement hospitalière et hétérogène selon les pathologies.

Ainsi, les programmes d’ETP sont très majoritairement portés par des structures hospitalières de courts séjours, les autres programmes autorisés quant à eux sont gérés par des services de soins de suite et de réadaptation pour 12%, et par des réseaux de santé pour 3%. Seulement 3.9% des programmes d’ETP sont assurés en ville par des maisons de santé pluridisciplinaires, des pôles de santé pluridisciplinaires, des cabinets ou des centres de santé.

En outre, les pathologies les plus représentées sont les pathologies « traditionnelles », [si j’ose dire], de l’éducation thérapeutique. Ces programmes autorisés concernent pour 31% le diabète, pour 14% les maladies cardio-vasculaires et 10% les maladies respiratoires. 14% des programmes sont destinés sont destinés aux patients porteurs de poly pathologies.

En psychiatrie, des programmes d’ETP existent. Ces programmes ciblent des personnes ayant des troubles mentaux ou leurs proches. Certains programmes comme « Profamille » ont fait la preuve de leur efficacité en l’amélioration de la qualité de vie des personnes vivant avec une schizophrénie et de leurs proches et dans la prévention des crises. Pour autant, le développement de l’ETP n’a pas toujours été accompagné d’une personnalisation du contenu des séances, notamment dans les programmes autorisés.

En effet, parmi les patients ayant participé à ces séances d’ETP, certains se plaignent de programmes peu accessibles sur le plan géographique, trop standardisés, bio-médico centrés dans leur contenu et ne tenant pas compte des besoins. Ils ne prennent pas non plus en compte leurs savoirs expérientiels ainsi que leurs attentes sur le fait de vivre avec des maladies chroniques.

Les pratiques s’éloignent encore des principes largement partagés, qui sont de partir des besoins du patient pour négocier des objectifs personnalisés de soin, de travailler de façon pluri-professionnelle, de valoriser les compétences des patients, de privilégier l’alliance thérapeutique pour les professionnels et d’analyser les pratiques.

C’est pourquoi le développement de l’ETP doit être davantage centré sur le patient lui-même. L’éducation thérapeutique du patient est, comme son nom l’indique, au service des droits du patient, de son information et de sa liberté de choix, sur les décisions de santé qui le concernent en intégrant une démarche d’empowerment.

Si l’anglicisme n’est pas dans mes habitudes, il traduit fidèlement et de façon plus élégante la notion d’autonomisation du patient. L’empowerment [je pense que vous l’avez largement discuté aujourd’hui] c’est la prise en charge de l’individu par lui-même de sa destinée économique, professionnelle, familiale et sociale. Il doit renforcer les capacités de prise de décision et d’action de la personne confrontée à une vulnérabilité en santé afin de maintenir ou d’accroitre son autonomie.

Nous devons prendre en compte, dans la démarche d’éducation thérapeutique les points qui doivent améliorer la qualité. Proposer par exemple des séances d’éducation thérapeutique non centrées sur la maladie, mais sur la vie quotidienne et des besoins des personnes concernées en santé mentale et notamment l’objectif qui est le rétablissement de la personne.

Ces programmes doivent également insister sur les savoir expérientiels des personnes malades et les associer à la construction du programme, mais aussi à l’animation des séances.

Ils doivent prendre en compte la multi-morbidité, ils doivent rendre l’éducation thérapeutique du patient accessible, voire intégrés aux soins, mais en dehors de l’hôpital et ils doivent travailler sur les problématiques communes aux publics vulnérables.

En un mot l’éducation thérapeutique doit être généralisée, sans être standardisée. 

Elle n’est pourtant pas le seul vecteur de promotion de l’empowerment dans notre système de santé. En 2016 et 2017, le ministère a sélectionné 28 projets pilotes dans le cadre d’une expérimentation sur 5 ans, de l’accompagnement à l’autonomie en santé.

L’autonomie en santé s’adresse aussi bien aux personnes vivant des maladies chroniques qu’aux personnes à risque ou à celles en situation de handicap.

Les actions proposées doivent tenir compte des besoins des personnes bénéficiaires et peuvent être personnalisées et protéiformes. Cela peut être par exemple l’information sur la prévention des maladies chroniques  et des risques en santé, l’information sur la maladie chronique et ses conséquences, le soutien pour l’accès aux droits et aux prestations, la médiation et la mise en relation entre le  bénéficiaire et les actions d’aide, de soin et de promotion de la santé, incluant notamment l’éducation thérapeutique.

En ce qui concerne la santé mentale, la feuille de route du ministère reconnait l’importance de l’empowerment et de rétablissement des personnes vivant avec des troubles psychiques – rétablissement qui doit guider le projet de vie et le parcours de soin.

Les projets territoriaux de santé mentale coordonnent les acteurs sanitaires, sociaux et médico-sociaux pour offrir un accès à des prises en charge sans rupture. Ce projet précise que la réhabilitation psychosociale, qui inclut la psychoéducation doit être accessible partout.

Déjà à la présidence du collège de la haute autorité de santé, j’ai pu exprimer ma vision du pouvoir d’agir. Je ne veux pas ici avec vous seulement saluer les acquis de l’empowerment, mais aussi anticiper l’avenir de ce mouvement. Pour ce faire, nous devons donner à la notion de soin un sens large, celui de prise en charge de l’usager du système de santé.

Lors d’un atelier à Salzbourg dans les années 90, une formule prononcée en anglais avait alors fait mouche. Il avait été dit : « Nothing about me without me ».

À cet égard, la révolution numérique répond non seulement à un besoin d’information et de transparence, mais aussi à un besoin d’échange entre malades ; ce qu’on appelle l’empowerment collectif. Cela étant, ce pouvoir d’agir n’est pas seulement un besoin du patient, mais aussi une nécessité pour le système de santé.

A une époque où les maladies sont de plus en plus complexes, de plus en plus chroniques, le patient, fort de son vécu en sait parfois plus [et je dirais] souvent plus sur sa santé que son médecin.

Nous devons aussi nous inspirer des expériences étrangères ; je pense en particulier au modèle de Montréal, qui a abouti à partir du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégrées au système de santé dans une dynamique de co-construction.

Mesdames et Messieurs, vos préconisations vont enrichir les progrès que je mène dans ce domaine et vont s’intégrer dans le plan national de santé publique sur lequel nous travaillons.

L’implication des patients ne seraient en effet se résumer à une démocratie purement institutionnelle. Tout comme vous, je souhaite que la démocratie sanitaire aille au-delà de la nécessaire représentation des patients dans des instances du monde de la santé.

Les patients – et c’est particulièrement vrai en ce qui concerne leur sécurité – mais pas seulement. Ce sont des partenaires indispensables de chaque instant, des co-auteurs de leur prise en charge, des experts de leur propre santé. C’est aussi par la même reconnaitre leurs droits à faire un libre choix.

Le serment d’Hippocrate, auquel j’ai moi-même prêté serment le dit bien : « je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination, selon leur état ou leur conviction ».

Je vous suis donc très reconnaissante du travail réalisé, et je suis certaine que nos efforts porteront leurs fruits pour faire de l’usager un acteur, pour faire du patient, un partenaire se traduiront dans le concret dans la stratégie nationale de santé et bien au-delà.

Je vous remercie »

Agnès Buzyn

 

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Le CH Sainte-Anne accueillait la dernière réunion du conseil scientifique du CCOMS le 8 décembre dernier à Paris. Après un échange sur le programme des journées du CCOMS des 29 et 30 mars 2018, les projets de nouveaux termes de référence du CCOMS ont été présentés. Le CCOMS est en effet, tous les 4 ans, candidat à sa re-désignation par l’OMS sur la base d’un programme de recherche. La période actuelle arrivant à son terme au 1erfévrier, le centre a donc proposé quatre nouveaux termes : Assister l’OMS dans la promotion de la santé mentale dans la communauté (visites du secteur 59G21, DIU santé mentale dans la communauté…) ; Développer le programme Qualityrights dans les pays francophones, avec un objectif de 5 observations par an, 5 formations par an et le développement de 10 partenariats avec des pays francophones sur la période ; Promouvoir la participation des usagers et des aidants dans l’organisation des services, la formation et la recherche en santé mentale ; Contribuer au plan e-santé mentale de l’OMS.
ETP, CLSM, programmes de soins…
Concernant la recherche empowerment et éducation thérapeutique du patient (ETP), une demi-journée de présentation des résultats a été annoncée le 31 janvier 2018, salle Laroque, au ministère de la santé. Pour le centre de ressources des CLSM, un débat a eu lieu concernant le guide « Repère sur les commissions de réflexion et d’aide », ces commissions des situations dites « complexes » ou « difficiles », que quasiment tous les CLSM mettent en place sans qu’un cadre juridique spécifique existe... Le document, diffusé prochainement, précise donc les règles minimales à respecter, dans le respect du consentement des usagers et du secret médical pour les praticiens.
Après une présentation des autres chantiers d’actualité (médiateurs de santé pairs, enquête SMPG…) un point a ensuite été effectué sur la recherche sur les programmes de soins sans consentement : une première étude des programmes mis en place dans les établissements du GCS a permis de lancer la réflexion sur cette nouvelle recherche. Elle montre que certains établissements ont moins de 10 % de leur file active en soins sans consentement en programme de soins, d’autres 70 %... Comment interpréter ces chiffres ? Que contiennent ces programmes de soins ? Quelles organisations des soins sont mises en place dans ces secteurs (notion de pôle, intersecteur…) ? Enfin, les premiers résultats de la grande enquête sur la révision de la classification internationale des maladies, où l’avis d’usagers et aidants de 15 pays ont été recueillis, ont notamment démontré la grande diversité de compréhension / incompréhension du diagnostic de schizophrénie par ce public. Les résultats détaillés de cette étude seront présentés lors des journées de mars. Pour conclure, une bonne nouvelle a été annoncée au conseil : le protocole de lutte contre les comorbidités, plus spécifiquement cardio-vasculaires, COPsyCAT, va bénéficier d'un financement PREPS à hauteur de 200 000 €.

Interview du Dr Roelandt sur Tahiti nuit télévision à propos de la restitution des résultats de l'enquête « Santé Mentale en Population Générale : images et réalités » (SMPG) : aller à 2 min pour le reportage sur la santé mentale de Gauguin et à 3 min 50 pour l'interview de Jean-Luc Roelandt.

Voir la vidéo.

Pour découvrir plus en détail les résultats de l'enquête, lire les articles de La Dépêche de Tahiti et de Tahiti Info.

 

Retour sur la journée CCOMS "Contraintes & liberté en psychiatrie : des expériences (internationales notamment), des résultats" du 14 mars 2017 : L'infopsy y consacre 8 articles, rédigés par certains des intervenants de cette journée organisée au ministère e la Santé :

- Soigner sans enfermer, utopie ou réalité ? (p.547-9) 
Jean-Luc Roelandt
- Limiter la contrainte ? Usages et régulation des usages de la contrainte psychiatrique en Suisse (p.551-7) 
Delphine Moreau
- Moins de soins sous contrainte : l’expérience islandaise (p.558-62) 
Pall Matthiasson
- Les soins sans contrainte : politique d’organisation d’un pôle de psychiatrie intégré dans la cité (p.563-7) 
Mathilde LabeyCorinne Noël
- Non-recours à la contention dans les services de santé mentale : le dispositif de Friuli Venezia Giulia (p.569-73) 
Giulio Castelpietra
- Isolement et contention : des pratiques qui doivent être réinterrogées. Le point de vue de l’Unafam (p.575-8) 
Alain MonnierRoselyne Touroude
- Position d’ENUSP opposée à la contrainte en psychiatrie, position basée sur l’expérience (p.579-86) 
Jolijn Santegoeds
- Propositions pour un observatoire de la contrainte et des libertés en santé (mentale) (p.587-92) 
Antoine BaleigeNicolas Pastour

Voir le sommaire...

Outre une présence via un stand d’information, le CCOMS/GCS sera représenté à deux reprises au cours du Congrès français de psychiatrie organisé du 29 novembre au 2 décembre à Lyon. Tout d’abord, le jeudi 30 novembre, de 9 h 15 à 10 h 45, dans le cadre de la session thématique "Mon psychiatre parle à sa montre, c’est grave ?", Déborah Sebbane (CCOMS) interviendra sur le thème "Partout, tout le temps, sur tout : quel impact les outils de e-santé auront-ils sur notre santé mentale ? Analyse de l’offre des typologies de dispositifs existants". Ensuite, le samedi 2 décembre, de 14 h à 15 h 30, dans le cadre du forum association, une présentation sera faite sur les « Soins sans consentement en psychiatrie : évolution et disparité des pratiques », présidée par Nicolas Pastour, du CH Charcot. Ici, les trois communications porteront sur : "Evolution des soins sans consentement : quels constats à partir des données ? » (Magali Coldefy, IRDES) ; « Les soins sans consentement en ambulatoire : comment, pourquoi, pour qui ? A propos de l'enquête IDF." (Gilles Vidon, Hôpitaux de Saint Maurice) ; "Hospitalisations sous contrainte : pourquoi de telles différences entre secteurs de psychiatrie ? - Résultats de l'étude HO/SPDRE du CCOMS" (Antoine Baleige, CCOMS).

En attendant l’édition 2017, vous pouvez consulter le retour sur le forum organisé lors de l’édition 2016 et intitulé "Les conseils locaux de Santé Mentale : une innovation internationale ?", présidé par Jean-Luc Roelandt, directeur du CCOMS.

Le Centre collaborateur de l'OMS organise, avec trois Universités (Lille 2, Paris 13, Marseille - AP/HM CHU Sainte marguerite), un Diplôme Inter-Universitaire sur le thème : Santé mentale dans la communauté : étude et applications.

L’objectif principal de ce diplôme est de proposer une formation théorique et pratique à la santé mentale dans la communauté et à ses applications dans les domaines suivants : organisation des services et des soins psychiatriques, promotion et prévention de la santé mentale, lutte contre la stigmatisation et l’exclusion.

L'enseignement se déroule sur 3 fois 5 jours à Paris, Lille et Marseille, entre janvier et juin 2018.

Découvrez ici le programme provisoire de cet enseignement, son organisation, les conditions d'inscription, ou encore les contacts et informations pratiques.  

 

 

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